12 - L'identité sexuelle - Les amitiés particulières

Publié le par jidejeando

Les « amitiés particulières » perturbatrices

 

 

 

Si les cartes sont parfois brouillées concernant l’orientation sexuelle des garçons au moment de leur puberté, ce phénomène n’est pas simplement dû à une pulsion hormonale ou à une forte curiosité sexuelle. Les sentiments aussi peuvent échapper au contrôle des adolescents pour lesquels l’amitié constitue une valeur fondamentale. Mais des sentiments trop forts, une attirance émotionnelle trop intense, un attachement trop exclusif peuvent transformer une relation amicale en amour. Ces « amitiés particulières » ne sont peut-être pas aussi fréquentes qu’on le laisse entendre, mais elles existent. L’enquête Surveyteens proposait aux garçons une question un peu subtile, dans la mesure où elle n’abordait pas directement ce thème des amitiés particulières, donc de l’affection qu’un adolescent hétérosexuel peut éprouver pour un camarade du même sexe que lui, mais elle permettait de déceler de telles attirances. Elle figurait ainsi dans le questionnaire :

 

Aujourd’hui, es-tu amoureux de quelqu’un, même si cette personne ne le sait pas ?

 

   - Si oui ........................................................................................................................ écris 1

 

   - Si non ....................................................................................................................... écris 2

 

Attention : mettre un 1 ou un 2 après chaque réponse !

 

Une fille de moins de 12 ans                      Une fille de 12 à 14 ans                                    

 

Une fille de 15 à 17 ans                                 Une femme de 18 à 30 ans                             

 

Une femme de plus de 30 ans                   Un garçon de moins de 12 ans                      

 

Un garçon de 12 à 14 ans                            Un garçon de 15 à 17 ans                                

 

Un homme de 18 à 30 ans                         Un homme de plus de 30 ans                        

 

 

Chacun devait donc répondre par oui ou par non à chacune des propositions d’âge et de sexe. Une telle présentation offrait l’avantage de laisser le participant complètement libre de ses choix ; il pouvait non seulement répondre qu’il n’était amoureux de personne, mais aussi reconnaître qu’il était amoureux d’une personne du sexe opposé ou de son propre sexe. Le graphique 8 reproduit et ventile les réponses obtenues.

 

 

 

Graphique 8

 

La très grande majorité des garçons qui s’étaient définis comme hétérosexuels (réponses 4 ou 5 à la question 64) et une majorité tout aussi forte de ceux s’étaient reconnus comme homosexuels (réponses 1 ou 2 à la même question), mentionnèrent une attirance amoureuse correspondant à leur orientation sexuelle. L’adéquation apparaît donc nettement entre identité sexuelle et comportement sentimental.  Mais une petite frange de la population adolescente interrogée (3,5% des hétérosexuels) fait état d’une attirance amoureuse pour une personne de son sexe. Elle devrait correspondre à cette catégorie de garçons plus ou moins engagés dans une « amitié particulière ».

 

A ce stade de notre découverte de l’orientation sexuelle des garçons de 13 à 16 ans qui s’exprime sur Internet, il est déjà possible de présenter quelques observations :

 

  1. Les adolescents de notre époque bénéficient d’une plus grande ouverture de notre société vis-à-vis de l’orientation sexuelle, sujet abordé avec un peu plus de franchise qu’autrefois dans les medias, dans les livres et au cinéma. Le dernier film sur Alexandre le Grand, même s’il a suscité des protestations dans certains milieux américains, montre que l’hypocrisie dans ce domaine perd progressivement du terrain.
  2. Les adolescents mieux que leurs aînés lorsqu’ils avaient leur âge savent donc que la détermination sexuelle n’est pas rigide, que l’être humain évolue, change parfois, expérimente souvent, que l’adolescence constitue une période particulièrement fertile en volte-face, mutations et autres mouvements de curiosité ou d’humeur.
  3. Guidés si ce n’est encouragés par leurs idoles du monde du spectacle et de la chanson, les adolescents sentent que l’être humain est complexe, que sa sexualité est multiforme ; ils prennent ainsi conscience que leur propre orientation sexuelle peut leur réserver des surprises ; ils sont plus tolérants vis-à-vis des autres, moins inquiets vis-à-vis de leurs désirs et de leurs pulsions
  4. Certes la grande majorité des adolescents se définit comme hétérosexuel et ne se sent pas du tout attirée par des individus de son propre sexe. Mais un sentiment de curiosité anime un nombre de plus en plus grand d’entre eux. A cet âge où l’approche sexuelle des filles demeure toujours difficile, où le SIDA constitue un danger majeur pour tous ceux qui souhaitent avoir des relations sexuelles, il semble que de nombreux garçons se lancent hardiment dans une sorte de sexualité de découverte et de rattrapage, une sexualité à la fois soft (sans pénétration anale ou vaginale) et ludique, frivole en quelque sorte, dont je parlerais dans un prochain capitre.
  5. Cette lente mutation de la sexualité adolescente, naguère contenue dans la seule masturbation, aujourd’hui plus ouverte à l’autre, fut-il du même sexe, ne se déroule pas sans confusion des esprits, sans interrogations et sans difficultés.

 

Ces homos qui se cachent

 

Si de plus en plus de garçons prennent quelque liberté avec leur hétérosexualité déclarée, une situation quasi parallèle se produit chez les homosexuels qui, pour des raisons très différentes, adoptent un comportement ( le « straight acting ») qui brouille encore plus les cartes. Un chapitre entier sera consacré aux adolescents gays. Pourtant il est important de mentionner dès maintenant qu’une des décisions les plus difficiles qu’ils seront amenés à prendre, pour ceux qui pensent être certains de leur homosexualité, sera d’annoncer la nouvelle à leurs camarades de classe et surtout à leur famille. On comprend donc que cette révélation, ce « coming out » soit longtemps différée. Aussi, pour ne pas laisser planer la moindre suspicion, ces jeunes garçons sont souvent contraints de feindre, de faire comme s’ils étaient comme tout le monde : attirés par les filles. Certains semblent s’accommoder de cette dissimulation, d’autres moins :

 

• J’ai horreur de la vie que je mène. Je prétends être quelqu’un qui n’est pas moi (GT, 15 ans, USA)

 

• J’aime être comme ça. Je préfère paraître hétéro que complètement efféminé (pardon pour ceux qui le sont), mais les gens aiment aggraver ça parfois (GT, 16 ans, USA, Massachusetts)

 

• Bien, je pense que j’agis comme un hétéro ; non pas que je fasse un effort, c’est comme ça que je suis naturellement. Je ne fais aucun effort pour agir plus comme un hétéro ou un homo. Je suis juste comme je suis. (GT, 16 ans, USA, Californie)

• Ben je pense que tu peux dire que je me comporte comme un hétéro puisque c’est comme ça que je suis avec mes copains quand ils me demandent si une fille est chaude. Mais à part ça j’essaie d’éviter le sujet le plus possible (GT, 16 ans, Canada, Alberta)

 

 

• Je me comporte comme un hétéro, mais j’ai mes moments gay parfois. Parfois je n’aime pas agir comme un homo, mais un ami m’a fait récemment remarquer que je devrais m’accepter comme je suis, entièrement (GT, 16 ans, USA, Mississipi)

 

• Je ne peux pas m’empêcher de me comporter comme un hétéro. J’ai une voix très grave et je suis grand, aussi les gens pensent généralement que parce que j’ai pas une voix aigue je suis hétéro (GT, Canada, Ontario)

 

• Je me comporte comme un hétéro. Les gens n’imaginent pas que je suis gay parce que je suis sorti et j’ai peloté les trois plus grandes pipelettes de mon bahut. Aussi il n’y a ni rumeur ni suspicion à mon égard. Mais tous mes amis sont des filles et je suis un peu efféminé. Je n’ai pas peur de ma personnalité… La seule chose dont j’ai honte, c’est d’avoir répondu non quand on m’a demandé si j’étais gay (GT, 15 ans, Canada, Nouvelle Ecosse)

 

• Je pense que nous devons tous nous comporter comme des hétéros à l’école et dans d’autres endroits comme ça, et c’est certainement ce que j’ai fait pendant longtemps, mais ces derniers temps je me fiche vraiment de ce que les gens pensent. J’essaie d’être le plus honnête possible avec moi mais c’est assez difficile car j’ai l’impression que j’ai plusieurs facettes, et cette façon d’agir comme un hétéro pendant des années a probablement affecté un peu ma personnalité. Je peux me comporter comme un hétéro à certains moments et presque comme une folle à d’autres, donc tu n’as pas besoin d’être un expert pour me connaître (GT, 15 ans, Finlande)

 

De tels agissements s’apparentent parfois plus à de véritables sauve-qui-peut qu’à des conduites librement adoptées. Mais force est de remarquer que les comportements instables de certains ados, hétéros comme homos, brouillent les pistes, non seulement auprès des adultes mais également auprès des jeunes eux-mêmes, qui découvrent parfois avec une surprise non feinte, notamment dans les forums, que la sexualité des adolescents est plus complexe et multicolore qu’on leur a toujours laissé croire.

 

 

 

 

 

 

Publié dans Sexualité des ados

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