16. Origine des connaissances sexuelles - Famille et parents

Publié le par jidejeando

Famille et parents

 

Même si les parents ne se réduisent pas aux seuls adultes qui composent une famille, dans quelle mesure les adolescents qui s’expriment habituellement sur Internet communiquent avec leurs aînés sur les questions relatives à la sexualité ? Dans l’enquête Surveyteens, il leur fut d’abord demandé s’ils évoquaient ces sujets avec des adultes. Les répondants pouvaient choisir entre quatre modalités : souvent, parfois, rarement et jamais.

 

Graphique 14

 

Les adolescents interrogés reconnurent ne pas parler de sexualité avec des adultes (modalités jamais et rarement) : 80% des hétérosexuels et 66% des homosexuels l’admirent. Ces données sont à rapprocher de celles qui furent obtenues par les animateurs du site SortirEnsemble, puisque 60% des 5638 garçons ayant répondu à la question : « Parles-tu de sexualité avec tes parents ? », choisirent la modalité « Jamais ». La sexualité demeure donc, pour la plupart des garçons de cet âge, un sujet dont on ne parle pas avec les membres de la génération précédente. Interrogés sur les catégories de personnes avec lesquelles les jeunes ont néanmoins des discussions sérieuses sur ce thème, les participants fournirent des réponses contrastées, illustrées par le graphique 15.

 

 

Graphique 15

 

Les enseignements que l’on peut tirer d’un tel graphique paraissent d’autant plus intéressants que les réponses des participants semblent particulièrement crédibles, le sujet abordé étant peu sensible. S’agissant des répondants qui se sont déclarés hétérosexuels, on peut formuler les remarques prudentes suivantes :

 

  1. Ces garçons discutent de sujets se rapportant à la sexualité aussi souvent avec des hommes (51%) qu’avec des femmes (49%)
  2. Toutefois, vis-à-vis de leurs parents, les ados se sentent nettement plus à l’aise avec leur mère (29%) qu’avec leur père (19%).
  3. A l’inverse, les garçons parlent plus facilement de ce sujet avec leur frère aîné (12%) qu’avec leur grande sœur (7%) ; même remarque concernant leurs rapports avec d’autres membres adultes de leur famille, puisque les hommes semblent plus à l’écoute (ou plus sollicités) que les femmes (7% contre 4%)
  4. Lorsqu’ils s’adressent à des personnes qui ne font pas partie de leur cadre familial, les adolescents déclarent parler plus facilement à des femmes qu’à des hommes (10% contre 7%)

 

Les réponses des garçons qui se sont identifiés comme homosexuels diffèrent très sensiblement de celles des répondants hétéros :

 

  1. Ces garçons sont deux fois plus nombreux à parler de sexualité avec des hommes qu’avec des femmes (69% contre 31%)
  2. Mais ces interlocuteurs masculins appartiennent rarement au milieu familial, même élargi (60%).
  3. Les jeunes homos sont proportionnellement six fois moins nombreux à parler de sexualité avec leur père que leurs camarades hétéros. Ils sont également quatre fois moins nombreux que ces derniers à aborder ce sujet avec leur grand frère. Ceci s’explique en grande partie par leur crainte de révéler leur homosexualité, crainte plus vive vis-à-vis du père et du frère aîné que vis-à-vis de la mère ou de la grande sœur.
  4. Leurs réponses à cette question mettent en lumière l’isolement d’un grand nombre de jeunes homosexuels dans leur famille et la quête d’un soutien extérieur.

 

Tous les sondages confirment la place relativement réduite de la famille et des adultes en général parmi les sources d’information des adolescents dans le domaine de la sexualité. Les topics sur les rapports parents/enfants dans le domaine de la sexualité ne sont pas rares. J’ai retenu trois d’entre eux, qui semblaient particulièrement représentatifs de l’opinion des garçons qui s’expriment sur Internet vis-à-vis de ce thème. La première question, posée sur le site Govteen, était formulée ainsi : « Qu’est-ce que vous pensez de l’idée de parler de trucs sur la puberté des garçons avec votre père ou avec vos frères ? »

 

• Tout à fait répugnant. (GT, 14 ans, Royaume Uni, Londres)

 

• Je n’ai jamais trouvé une personne du sexe masculin avec qui en parler, aussi je ne sais pas. Mais je serais peut-être un peu nerveux de le faire parce que certains de mes amis l’ont fait et leurs pères ont commencé à leur poser des questions auxquelles ils ne voulaient pas répondre. Soyez prudent. (GT, 14 ans, USA, Californie)

 

• Bon, en général les mères sont plus prêtes à donner des informations. Les pères peuvent être plus réservés, peut-être parce qu’ils ont eux-mêmes été élevés aussi sans information. Ce n’est probablement pas un sujet pour le dîner, donc choisis bien quand en parler avec ton papa. (GT, 14 ans)

 

• Je me sens bizarre à parler de choses comme ça avec mon père parce qu’il me parle toujours de trucs qui lui sont arrivés dont je ne veux plus entendre parler. Par exemple, quand il avait 17 ans et qu’il sortait avec ma mère, il couchait avec une voisine d’en face qui avait 21 ans. Il cherche vraiment à me parler, mais il devrait vraiment commencer à comprendre que j’ai tout appris par mes amis et les autres à l’école ! (GT, 16 ans, USA, Connecticut)

 

• Je ne peux pas m’imaginer parler de puberté avec mon père, mais je peux en parler avec mon frère parce que nous avons presque le même âge. (GT, 15 ans)

 

• J’en ai parlé avec mes frères, mais j’ai probablement parlé plus de la puberté avec ma mère qu’avec mon père. Ce n’était pas vraiment LA conversation quand même, c’était juste pour rigoler. (GT, 13 ans, USA, Californie)

 

• Bon, je ne suis pas à l’aise pour parler de la puberté avec mon père mais ça va avec ma mère. Je ne sais pas pourquoi. Je pense que c’est parce que ma mère répond toujours à mes questions et que mon père essaye toujours d’éviter d’y répondre. (GT, 15 ans)

 

• J’ai parlé à mon père. Et il est vraiment cool à ce sujet. Mon petit frère commence à se tourner vers moi pour avoir des réponses. J’essaye d’être aussi cool que je peux avec lui. (GT, 14 ans, USA, Vermont)

 

• Je ne parle de rien avec mon père. Ni avec mon frère, ni avec ma mère. (GT, 14 ans, USA, Ohio)

 

• Ouais j’essaye d’éviter le sujet. C’est vraiment embarrassant. Je veux dire, quand j’avais environ 13 ans c’était un sujet dont j’aurais aimé discuter  une fois toutes les semaines ou toutes les deux semaines, mais ce n’est pas un sujet confortable. Cependant, à cette époque, il n’y avait aucune personne de sexe masculin en qui je faisais confiance, père, frère, ami plus âgé ou quiconque aurait eu une expérience de la vie qui nous aurait permis de parler de tout. (GT, 16 ans)

 

• Mon père, JAMAIS ! Mon frère… si j’en avais un j’aimerais lui en parler. (GT, 15 ans, USA)

 

• Bon, mon père a toujours été à ma disposition, mais il y a des sujets interdits. (GT, 15 ans)

 

• J’ai horreur de ça. (GT, 14 ans)

 

La deuxième question, tirée d’un forum de SortirEnsemble, était formulée ainsi: « Est-ce que quelqu’un de votre famille: père, mère, grand frère... vous a déjà parlé sérieusement de sexe, comme pour tout vous dire sérieusement? Si oui, c’était qui et comment ça s’est passé? Vous avez été gêné? Vous saviez déjà tout ou vous avez appris des trucs? Si ça s’est jamais passé, vous auriez aimé que votre père vous prenne entre 4 yeux pour vous parler de ça? »  (SE, question posée le 28/7/05). Les réponses des francophones sont très proches de celles des adolescents anglo-saxons.

 

• Moi je peux parler de ce que je veux à ma mère et on parle de tout mais je ne lui ai jamais dit que j'étais bi, c'est la seule chose. Au début ça gêne un peu mais après ça va. (SE, 15 ans, Belgique)

 

• Moi jamais non plus C'est à peine si je leur dis bonjour/au revoir lol (SE, 15 ans, France, Albi)

 

• Bah chez moi c'est pas tabou le sexe donc on en parle à tord et à travers !! Lol !! Avec mon père on tripe bien des fois !! Lol !! Non mais par contre les homos et les bi ça c'est tabou !! C’est bien ce qui me fait chier !! (SE, 15 ans, France, Yvelines)

 

• Non jamais parlé sérieusement, et j'aimerais pas lol. (SE, 16 ans, France, Doubs)

 

• Lol. Moi je vois pas pourquoi je devrais leur en parler... je sais déjà tout lol. Non sérieux ils n’en parlent pas et heureusement (SE, 15 ans, Suisse, Jura Bernois)

 

• Bof, mes parents sont très ouverts mais c'est plutôt moi que ça gêne... Je vous raconte pas quand ils m'ont donné la boite de préservatifs à mon anniversaire... (SE, 15 ans, France, Essonne)

 

• Ca ne gène pas du tout mes parents, ils sont très ouverts, parfois mon père fait des p’tites blagues par ci par là mais c’est pas moi qui ouvrirai une conversation là-dessus lol je serais gêné !! Ça doit pas être marrant la boite de capote offerte le jour de l'anniversaire mdr (j'espère que vous n’aviez pas de caméra) (SE, 16 ans, France, Ille-et-Vilaine)

 

• Franchement chez moi le sexe n’est pas tabou du tout car quoiqu’il en soit le sexe fait partie de la vie et puis le sexe c’est une chose comme une autre ; alors parlez-en à vos parents (SE, 15 ans, France, Saône-et-Loire)

 

• Moi j'en parle souvent avec ma mère ! C’est trop marrant de voir les différences de point de vue en fonction de la génération lol ! Elle me dit toujours : "Ne donne pas ton corps à n'importe qui !! Il faut se réserver pour quelqu’un que l'on aime vraiment, etc." C’est trop drôle ! (SE, 15 ans, France, La Roche sur Yon)

 

• Ca m’arrive que ma maman, ma grande soeur m’en parlent...C’est toujours très gênant mais bon ça va!!! (SE, 13 ans, France, Oise)

 

• Bah moi j’ai halluciné quand mon père m’a ramené une boite de capotes, en même temps c’est super sympa de sa part..... (Merci papa !!) (SE, 15 ans, France, Sartrouville)

 

• J'regarde des films pornos avec eux, c'est stylé, c'est limite si on m'invite pas pour leurs ébats... (SE, 15 ans, France, Haut-Rhin)

 

• Ou là !!!! Non jamais aborder le sujet !!! Juste des remarques vite fait, mais pas de discussion... (SE, 16 ans, France, Annecy)

 

• Moi non jamais, heureusement d’ailleurs je ne voudrais pas! Ca doit mettre mal à l’aise à fond !!
Qu’est-ce qu’ils ont pu me dire c’est de me protéger c’est tout lol mdr! Bon ça je crois c’est normal ! (FA, 15 ans, France, Lille)

 

La troisième question était plus originale et plus subtile, puisqu’elle plaçait les répondants dans une situation où ils seraient eux-mêmes parents: « En gros, parleriez-vous à vos fils de la masturbation ou de sexe quand ils deviendront pubères ? ». Les réponses ne dissimulèrent pas un certain embarras !

 

• S’ils me posent des questions. (GT, 15 ans, USA)

 

• Non, c’est quelque chose qu’ils peuvent apprendre d’eux-mêmes. A moins qu’ils aient besoin d’être rassurés ou si ils demandent (GT, 14 ans, Canada, Calgary)

 

• Seulement s’ils demandent ou si je les surprends. Sinon, je suis sûr qu’ils apprendront par les amis et par Internet. Mais oui, je pense que parler de sexe est important. J’espère qu’ils vont l’éviter ou au moins se protéger. (GT, 16 ans, USA, Californie)

 

• Je ne le ferais pas sauf s’ils demandent. Les gamins apprennent ces choses à un âge toujours plus avancé de nos jours (lol, comme si j’étais vieux) mais… (GT, 16 ans, USA, Ohio)

 

• Je ne leur parlerais pas comme ça de la masturbation. S’ils demandent, certainement que je le ferais. En ce qui concerne le sexe, j’aimerais mettre mes enfants au courant de ce que c’est vers 9-10 ans, puis leur dire que c’est OK d’attendre, de ne pas suivre tous ceux qui disent « je veux du sexe maintenant », et d’attendre quelqu’un qu’ils aimeraient. (GT, 14 ans)

 

• J’en parlerais à mes enfants mais sans les mettre dans l’embarras. Je dirais que c’est normal, qu’ils peuvent se branler tant qu’ils veulent mais qu’ils doivent fermer leur porte à clef pour que je ne rentre pas. (GT, 14 ans)

 

• Je ne pense pas que je lancerais une conversation sur ce sujet sauf s’ils le demandent. (GT, 15 ans, USA, Oklahoma)

 

• Je suis partagé. Je leur dirais ce qu’ils veulent savoir s’ils me le demandent mais aussi je pourrais leur dire que s’ils ont des questions je serais là pour y répondre. Mes parents n’ont jamais parlé de sexe avec moi, mais si j’avais des questions, je sais que je pourrais les leur poser. (GT, 15 ans, USA, Pennsylvanie)

 

Tous les sondages convergent sur un point que j’ai déjà souligné : la grande majorité des ados de 13-16 ans n’aiment pas parler de sexualité avec leurs parents, évitent prudemment le sujet lorsqu’il semble se présenter, et se sentent mal à l’aise lorsque la conversation, incidemment, porte sur ce thème. Le site américain StudentCenter lança en direction de ses jeunes membres masculins la question suivante, sous forme de sondage : « Vos parents vous ont-ils sérieusement parlé de la sexualité ? » (Les anglais parlent de « The Talk », avec un grand T). Le graphique 16 ci-après illustre leurs réponses.

 

Graphique 16

 

Deux enseignements principaux peuvent être tirés de ces réponses : une majorité assez nette de garçons déclarent n’avoir jamais eu ce type de conversation un peu solennelle sur la sexualité avec leurs parents ; lorsqu’elle s’est produite, le fils était généralement âgé d’une quinzaine d’années.

 

Les réactions des ados vont presque toutes dans le même sens. Ceux qui n’ont pas encore été pris entre quatre yeux par leur père ou par leur mère pour leur expliquer les choses de la vie ne s’en plaignent généralement pas et espèrent fortement échapper à un tel entretien jugé aussi inutile qu’embarrassant. Rares sont donc les ados qui comme cet Américain de 14 ans, l’attendent avec impatience:

 

• Mes parents ne m’ont jamais parlé sérieusement de sexualité et j’ai presque 15 ans et je ne veux pas que ce soit les copains qui m’apprennent. Donc comment approcher mes parents pour que je puisse leur poser des questions ? J’ai vraiment peur. Je ne sais pas si je me développe correctement. (GT, 14 ans, USA, Caroline du Nord)

 

Les garçons qui n’ont pas échappé à LA conversation se montrent moins négatifs. Si la plupart d’entre eux déclarent n’avoir rien appris, certains reconnaissent avoir été moins stressés qu’ils ne l’avaient imaginé.  Moins solennelles mais peut-être plus redoutables sont les questions intimes parfois malicieuses que les parents peuvent brusquement poser à leur fils, au risque de le décontenancer. L’un des sujets les plus malvenus concerne la masturbation. Sur Govteen, la question suivante fut posée par l’un des membres : « Si vous parents vous demandent si vous vous masturbez, est-ce que vous leur direz la vérité ? Je dirais probablement quelque chose comme ‘Oui je le fais de temps en temps mais pas trop’. Je me masturbe généralement une ou deux fois par jour, aussi je pense que ce serait une demi-vérité ». Cette question recueillit un très grand nombre de réactions très vives et colorées, qui nous en apprennent beaucoup sur les rapports parents-ados dans ce domaine.

Publié dans Sexualité des ados

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